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  • Avant de partir….

    Qu’est-ce-qui nous a appelés en Algérie ?

    Appelés et non pas attirés. Par attrait on fait les choses facilement. Ce voyage en Algérie n’est donc pas à première vue un agrément, celui de passer une semaine de nos vacances de Toussaint  sur l’autre rive de la Méditerranée, pour cueillir le soleil automnal ; Maroc ou Tunisie destinations touristiques plus prisées auraient  recueilli notre suffrage.

     

    Mais alors ? En premier ce fut l’appel, oui, l’invitation sur les pas de frère Christophe, connu à Tamié : le retrouver là-bas où il a tout donné avec ses frères. Et à travers eux, rencontrer nous aussi des frères de l’Islam. Le Cardinal Duval, oncle de notre curé Jean Duval nous interpelle bien sûr à venir sur ses pas, lui qui, de sa Haute-Savoie natale, devint pasteur de l’église d’Algérie dont il épousa le meilleur et le pire au point de prendre la nationalité algérienne.

    L’anniversaire en 2012 du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie nous a   fourni la date butoir, un jalon dans le temps. Donc c’était décidé : nous partions… Quand ? Comment ( avion ? bateau ?)

    Une troisième motivation : revoir Zohra, notre amie  algérienne que nous avons connue par ma soeur Marie-Claude, et qui a eu l’obligation de rentrer dans son pays en 2005 par manque de papiers de séjour. Avec elle, à travers elle, nous irons à la rencontre d’une famille « du cru », de l’Algérie d’aujourd’hui.

    Ce n’est pas de la première évidence. Un appel, une invitation et en même temps une réticence devant l’inconnu, parlons vrai. Nous venons à la rencontre d’une culture autre que la nôtre. Nous entrons au Maghreb.Il y a tant d’a priori en nous. Mais le Père Lassausse, jardinier de Tibhirine, ( cf le livre du même titre) contacté par téléphone nous rassure   » Venez, laissez tomber toutes vos idées préconçues sur l’Algérie. C’est très tranquille désormais « . Nous lui faisons confiance !

    Premier contact au Consulat d’Algérie pour la démarche de demande de visa. J’ai eu le sentiment de mettre déjà le pied là-bas. En une heure ½ en salle d’attente, j’ai presque passé sur l’autre rive. Il nous faudra encore attendre 14 jours pour obtenir les visas ( délai limite vendredi 26 octobre), notre avion est réservé pour le samedi 27. De justesse, tout passe !

     

  • Dimanche 28 Prise de contact avec Alger

    Le sourire de Zohra

    Après une bonne nuit de repos à la Maison Diocésaine où nous sommes hébergés, le chant du muezzin à 5h1/2 par dessus les toits nous rappelle notre proximité avec ces  frères du Coran, communion si nous le voulons bien.

    La pluie à torrents, conforme à la météo annoncée, déverse ses trombes d’eau, de nuit et pour toute la matinée. Sous nos parapluies, nous prenons un bain de pieds dans les rues descendantes vers la mer, pas de renvoi d’eau, pas de caniveaux, l’eau s’en donne à coeur joie.

    A midi le soleil revient, s’affirme,  nous illumine, nous réchauffe et le ciel bleu reprend le dessus. Nous revenons de la messe à la cathédrale (photo). Le Père Julien ( kabyle) qui célèbre est curé du lieu depuis son ordination il y 47 ans et fut le secrétaire du cardinal Duval à qui il est très attaché.

    C’est jour du Seigneur, aujourd’hui, pour la poignée de chrétiens en terre musulmane. Nous faisons connaissance avec Véronique, parisienne qui, titulaire d’une bourse d’état française,  réside ici pour trois mois dans ce pays qu’elle a choisi dans le but d’y écrire une pièce de théâtre. ( sur le thème abordant la présence chrétienne en Algérie). Nous apprenons aussi qu’un film est en préparation sur le Cardinal Duval, réalisé par un musulman.

    En fin d’après-mi Zora vient nous cueillir ici pour nous emmener chez elle…bonheur de se retrouver depuis qu’elle a quitté la France. Nous serons parmi des gens du cru, ceux dont nous pouvons déjà goûter la gentillesse dans la rue, sur le passage.

    Soirée autour d’un couscous, on se serre autour de la table. Il est accompagné de lait fermenté qui se boit à la paille dans un gobelet de terre. Nouveau pour nous ! Echanges avec la nouvelle génération, celle des 30-40 ans. La colonisation pour eux : loin derrière, aucune importance ! Le printemps arabe : pas pour l’Algérie. Ils ont trinqué en vivant eux-mêmes en octobre 1988 leur propre révolution, dix jours de réveil de la jeunesse durant laquelle l’armée a durement réprouvé les insurgés. Fini !  » Nous ne vivrons pas à nouveau un printemps arabe !  » En quelques heures, on fait le tour des questions essentielles ; on se croirait en France si on ne se savait pas à Alger. Echange plein d’humour dans un français parfait. Une sympathie chaleureuse de méditerranéens chez qui l’esprit famille est bien là. Les trois  frères et soeurs non mariés vivent ensemble dans l’appartement des parents tous deux décédés. La fête de l’Aïd vient de se terminer hier soir, ramenant au pays le frère parisien. Chez eux la tradition du sacrifice du mouton est bien enracinée. Deux seules familles sur tout l’immeuble l’ont fait dans la cour intérieure. Les autres achètent la viande de mouton à prix exorbitant ( équivallent de 400€ sur un marché parallèle qui profite des circonstances)

     

     

  • Lundi 29 octobre N D d’Afrique et la casbah

    La tombe du cardinal Duval à l’intérieur de la basilique

     

    La basilique N D d’Afrique

    Dès le levant, la journée s’annonce très belle, balayant le souvenir pluvieux d’hier,  inhabituel ici. On va donc vraiment poursuivre ce séjour sous des cieux plus bleus.

    Nous descendons de notre colline, perchés que nous sommes sur les hauteurs d’Alger, où se trouve la maison Diocésaine qui nous héberge. C’est le quartier des Ambassades. Le coin un peu « huppé ». Cap sur Notre Dame d’Afrique, avec le chauffeur qui nous a été proposé par Fatma, la sœur de Zohra.

    En 1858, Mgr Pavy, d’origine  lyonnaise entendait édifier « un autre Fourvière * auprès d’Alger ! » L’édifice fut consacré en 1872 par Mgr Lavigerie archevêque d’Alger,  est de style romano-byzantin. La  statue de Marie y fut installée en 1873. La basilique accueille la même année un « concile provincial d’Afrique », rassemblant les évêques et abbés d’Algérie, première réunion de ce type pour les temps modernes. L’église a été fortement touchée par le séisme de 2003 qui a fait 3 000 morts. D’importants  travaux de restauration sont engagés en 2007 sont inaugurés en 2010..

    Nous nous recueillons sur  la tombe du cardinal Léon-Etienne DUVAL  (lors de la restauration récente, il a été rajouté au milieu sur la fresque peinte à l’intérieur de la basilique) . .

    Une phrase, extraite d’une prière, est inscrite en français, en arabe et en berbère sur le mur de l’abside derrière l’autel :

     » Notre Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans ! »

    Une phrase qui en dit long !

     

    * Pari réussi en entendant l’étonnante réaction de Zohra qui nous accompagne : »Oh! je me croirais à Fourvière ! ( souvenirs de son passage plusieurs années à Lyon)

     

    La casbah (en arabe : citadelle) : c’est le vieil Alger, l’une des plus vieilles citadelles fortifiées du monde classée patrimoine de l’UNESO depuis 1992. Mais de celle-ci, il ne reste plus qu’une partie des remparts démolis lors de la colonisation de  1830.

    A  travers le dédale des ruelles en pentes, nous découvrons un véritable labyrinthe tout en traboules et en escaliers et, suivant notre guide passionnant, natif lui-même de cette casbah, c’est le  labyrinthe de la vie Algérienne que nous parcourons  en long, en large et en travers : son histoire, ses traditions, la religion de l’islam, sa vie sociale, son architecture etc…

    Sur le plan démographique, la casbah a été squattée de manière massive par la grande ruée des ruraux qui ont déferlé sur ALGER à l’indépendance (1962) puis dans les années 1990. Durant cette « décennie noire » les victimes dépasseraient les 300 000, loin des chiffres officiels de 60 000. Suiteà une manigance politique qui a volé aux islamistes  « leurs élections « , ceux_ci  ont fait basculertoute  l’Algérie sous leur terreur terroriste. La casbah était d’ailleurs l’un de leurs repaires majeurs. L’insécurité y régnait alors. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et c’est ce qui nous étonne le plus.Du haut de la terrasse dominant la maison d’un artisan ébéniste, nous contemplons jusqu’à la mer le calme revenu. Incroyable…que s’est-il donc passé pour expliquer ce retour à la normale.

    Notre guide  nous explique :

    Actuellement un constat peut se faire, suite aux élections législatives il y a quelques mois, la situation est contôlée et maitrisée par le gouvernement.A la fin des années 1990  des négociations ont été  engagées par les militaires avec les deux groupes : GIA ( Groupe Islamique Armé, sanguinaire, opposé à toute négociation et AIS ( Armée Islamique du Salut  prête à une trêve et à une repentance).Finalement la loi de RECONCILIATION  NATIONALE  de 2000 /2001 a accordé l’amnistie à tous les terroristes,en déclarant leur impunité et favorisant leur réinsertion sociale  Il va sans dire que cette amnistie s’est exercée aussi pour les militaires et membres du gouvernement à haut niveau, un peu comme  un blanchiment général, une amnésie …dommageable pour relire l’histoire, mais indispensable pour ramener la stabilité. Du haut d’une terrasse dominant la maison d’un artisan ébéniste, nous contemplons (photos) la casbah, ses toits, ses dédales, ses mosquées, la synagogue qui fut le PC du GIA, les ânes bâtés qui collectent les ordures, toute cette vie qui foisonne, jusqu’à la baie d’Alger et la grande bleue.

    Un palais dans lacasbah
  • Mardi 30 octobre La grande poste et le metro d’Alger

     

    Dans le métro

    Les couloirs du métro ont un charme bien local

    Mariam devant …………….

     

  • Mercredi 31 octobre Départ pour Tibhirine

    5h1/2 : de bonne heure pour éviter les embouteillages, nous attendons notre chauffeur, qui ne viendra pas…6h, 6h1/2, nous commandons un autre taxi, et nous voilà en route,par temps maussade, devenant pluvieux . C’est dans une purée de pois épaisse que nous atteignons MEDEA, et approchons du Moyen Atlas. Notre chauffeur est un habitué de la route du monastère, il nous conduit sans peine à bon port. Il valait mieux ! Pas d’escorte donc, les routes sont sûres désormais. Notre taxi préfère voyager incognito. Il est bien fini le temps des embuscades, des menaces terroristes.

    Pluie et brouillard sur la route de Tibhirine

    Autour du monastère

    Des maisons disséminées du village de Tibhirine

    Notre Dame de l’Atlas

    Le monastère

    Youssef à l’entrée du monastère.
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  • Jeudi 1er novembre : Fête de la Toussaint à Tibhirine

    La chapelle

    Le père Robert parmi un petit peuple

    Nous avons passé une bonne nuit à l’hôtellerie du monastère, enfoncés « sous la couette »c’est à dire une épaisse et chaude couverture, avec bouillotte d’appoint pour ces dames. Bruno a repéré 13° durant la nuit. Le vent a soufflé depis hier, comme un mistral de la vallée du Rhône . Mais il peut faire froid au dehors, et chaud au dedans.En nous glissant. dans lelit, Nous nous glissons dans la simplicité et la sobriété des lieux.Nous adoptons l’unique nécessaire et rejoignons « un peu » nos frères moines qui ont habité ici.C’est jour de fête aujourd’hui, nous sommes venus les fêter « eux »  ces sept frères de l’Atlasparmi les nombreux bienheureux qui nous précèdent. Devant l’autel (voir photo), ils sont commémorés ainsi que les douze autres chrétiens assassinés en Algérie.Hier la chapelle a été nettoyée, nous garnissons l’autel et la croix de compositions florales.

    La petite assemblée réunie là de différents horizons ( coopérants d’Alger, pélerins français, visiteurs d’un jour, musulman en chemin vers le baptême)

    poursuivra autour d’une table conviviale par un pique-nique partagé, ces instants de fraternité si simple que la terre est dans le ciel, ou que le ciel vient à la terre.

     

    C’est TOUSSAINT.

  • Vendredi 2 novembre : au revoir N D d’Afrique, Algérie je te salue !

     

    Le dernier jour est le plus beau jour ! est-ce parce-qu’il a la couleur bleue du ciel ? … ou parce-que l’ardeur du soleil nous parle de la chaleur des coeurs ?

    Est-ce le sourire de l’Algérie qu’on emporte dans nos bagages
    à travers celui de Zohra ?
    Chacun de nous en venant ici a fait une traversée… et ne repart pas comme il est venu. Il sera temps de vous le dire, petit à petit, après notre retour…
    Prochaine rubrique :
    Bruno, Marie-Françoise, Mariam :
    qu’avons-nous rapporté d’Algérie ?

    Quant au  sourire de Zohra il nous restera d’au-delà de la Méditerranée !